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La difficile réinsertion d’un ex prisonnier

dossier thématique

Le secteur Bordeaux-pénitentiaire a suivi un jeune bordelais en 2018/2019 au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Nous l’appellerons Carlos.

Au moment où nous le rencontrons, Carlos a 21 ans. Il connait bien cette prison car il a suivi un chemin tellement connu de certains jeunes bordelais : le Quartier Mineur (QM) avec le suivi de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, passage obligé pour la petite délinquance en mal d’argent facile.

Cette expérience s’est révélée très difficile pour Carlos. En effet, le décalage est grand tant le respect est exempt, les mots sont durs, il devient ainsi le souffre-douleur du Quartier Mineur du fait de son niveau scolaire très correct qui le fait passer pour le « prof ». Entre le QM et 2018, s’écoulent quelques années sans prison certes mais pas sans histoires sur lesquelles il restera évasif.

A Gradignan, nous avons suivi Carlos en formation sur le TP Agent de Propreté et d’Hygiène puis sur le TP Peinture en bâtiment, avec l’accord de l’Administration Pénitentiaire, car nous avions avec les formateurs (Stéphane et Ben) décelé un mélange de fragilité et une envie de s’en sortir. Nous savons bien dans ce genre de situation que la sincérité de la démarche est sujette à discussion.

Lors de nos entretiens individuels, nous insistons beaucoup sur la thématique du savoir « dire non » pour ne pas replonger. Si Carlos en a bien conscience, il sait d’ores et déjà que ça ne suffit pas toujours…

Le contrat est signé et l’INSUP est là lors de sa prise de poste. Après cette étape nous restons en contact par téléphone.

Carlos effectue trois mois dans cette entreprise, la directrice nous indique que sa prestation a été sérieuse malgré deux absences. Elle ajoute qu’il fallait passer « à autre chose » …

Plusieurs mois s’écoulent sans aucune nouvelle, d’autres justiciables ont pris le relais…

Été 2020, nous recevons un texto de Carlos avec quelques données. Nous apprenons qu’il habite « sur Paris » et a créé une entreprise de livraison. Il complète son activité par des contrats d’agent de propreté. Il insiste sur nos discussions : « oui on peut dire non quelquefois mais il arrive un moment où ce n’est pas possible et donc j’ai choisi de quitter Bordeaux, d’aller sur Paris pour repartir à zéro en espérant ne pas croiser un ancien collègue ».

Dire non ne suffit pas : CQFD.

Jean-Marie Dubile,

Responsable secteur Pénitentiaire, INSUP Formation